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Galerie de portraits de
la psychanalyse américaine (1)
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La
psychanalyse -- Les grands personnages
-- de la psychanalyse américaine
Abraham A. Brill
Abraham A. Brill (1874-1948) a une histoire
comme les américains les aiment. D'origine hongroise, Brill
est arrivé aux États-Unis à l'âge de quinze ans. Pour gagner
sa vie il a balayé des planchers et donné des cours de mandoline.
Insouciant, naïf, grand cur, Brill savait plaire aux gens
et avait du caractère et un grand sens de l'organisation.
Après des études en médecine,
Brill a fait sa formation en psychiatrie au Burghölzli où travaillait
Jung. Par la suite, il s'est
lié d'amitié avec Freud qui
entretiendra une correspondance avec lui. Freud, qui aimait
bien Brill, lui confia la traduction de plusieurs de ses uvres
même si ce dernier connaissait mal l'allemand et n'était pas
toujours à l'aise en anglais. Ces traductions peu rigoureuses
et souvent contenant des omissions n'ont pas simplifié l'introduction
de la psychanalyse aux États-Unis.
C'est Brill qui a fondé
en 1911 la Société Psychanalytique
de New-York et fut considéré jusqu'à sa mort comme le principal
représentant du groupe américain. La postérité a peu retenu
de ses travaux.
Rudolf Loewenstein
Rudolf Loewenstein (1898-1976) a eu un parcours
riche et complexe. D'origine polonaise, ayant fait ses études
en médecine à Zurich, analysé par Hans
Sachs à Berlin, ce polyglotte a joué un rôle majeur dans
les débuts de la psychanalyse française pour ensuite devenir,
aux États-Unis, un des pionniers de la psychologie
du Moi.
De son séjour en France,
nous retenons surtout de Loewenstein son rôle d'analyste didacticien
ayant eu sur son divan ceux qui présideront aux événements majeurs
qui secoueront la communauté psychanalytique française: Sacha
Nacht, Daniel Lagache
et Jacques Lacan.
Après
avoir été obligé par la deuxième guerre mondiale de quitter
la France, Loewenstein s'est installé aux États-Unis où il a
acquis une certaine notoriété en devenant avec Heinz
Hartmann et Ernst Kris
un des piliers de la formation de l'école de la psychologie
du Moi qui sera tellement critiquée en France, surtout par
Lacan qui lui réservera ses
sarcasmes le plus virulents.
Harold Searles
Influencé par les travaux de Sullivan,
Harold Searles a développé une conception du contre-transfert
mettant l'accent sur les aspects inter relationnels. Travaillant
à la célèbre clinique Chesnut Lodge, Searles a publié deux livres
qui ont eu un grand succès: L'effort pour rendre l'autre
fou et Contre-transfert. Il y développe des idées
proche du concept d'identification projective et de la notion
de double contrainte.
Searles est aujourd'hui
généralement associé au courant inter
subjectiviste qui domine la psychanalyse américaine. L'importance
qu'il accorde à la question du contre-transfert illustre bien
les biais théoriques de cette approche.
Karen Horney
Ayant fait sa formation à Berlin et fait
une analyse sur le divan de Hans
Sachs, Karen Horney (1885-1952) émigre aux États-Unis en
1932, comme plusieurs autres, même si elle n'était pas juive.
Elle fit un séjour à Chicago à l'invitation de Franz
Alexander. Après plusieurs années de pratique orthodoxe,
elle entreprend une révision de la théorie freudienne dont elle
critique plusieurs notions dont le rôle de la libido et sa vision
de la sexualité féminine. Elle élabora peu à peu une pensée
axée sur le social et le culturel, influencée par les travaux
ethnologiques et la critique issue du marxisme.
Au cours des années quarante,
Karen Horney sera au cur de plusieurs scissions, d'abord
de la Société psychanalytique de New-York puis au sein même
du nouveau groupe formé avec Fromm,
Sullivan et quelques autres,
si bien qu'à la fin du parcours elle se trouvera plus ou moins
isolée avec un groupe de disciples qui lui sera entièrement
dévoué. Elle est la principale représentante du mouvement culturaliste.
Dans sa pensée, la sexualité se
trouve repoussée pour être remplacée par le besoin de sécurité et la pathologie
s'explique par des peurs.
Erich Fromm
Erich Fromm (1900-1980) a eu un parcours
professionnel assez particulier et malgré la fréquentation de personnages marquants il a
su garder jalousement sa propre voie. D'abord enseignant à l'Institut de Psychanalyse de
Francfort, Fromm collabore aux travaux de l'école dite de Francfort ( Marcuse, Adorno,
Horkeimer, Benjamin,...) et se distancie de la psychanalyse classique pour y intégrer une
critique sociale issue du marxisme.
Fuyant la montée du nazisme
en Allemagne, il émigre aux États-Unis où il rejoint Sullivan,
Horney et le groupe des culturalistes
auquel il refusera pourtant d'être associé, arguant de l'originalité
de sa critique sociale. En fait, bien que ses travaux aient
des affinités avec ceux des culturalistes, Fromm refusera toujours
les étiquettes et les asservissements à un groupe. Il élaborera
autant une critique de la psychanalyse classique que des penseurs
tels Marcuse et Reich considérés plus proches de lui.
Erich Fromm a été très actif tout
au long de sa carrière et, en parallèle à son travail d'enseignement à l'université
de New-York, il a publié de très nombreux livres couvrant plusieurs sujets.
Bruno Bettelheim
Né à Vienne en 1903, Bruno Bettelheim
a reçu une formation médicale puis s'est intéressé à la psychanalyse.
L'expérience qui allait marquer sa vie à jamais fut son arrestation
par la Gestapo au début de la deuxième guerre mondiale et son
séjour d'une année dans les camps de concentration de Dachau
et Buchenwald. Libéré, il émigra aux États-Unis et s'installa
à Chicago.
Bettelheim avait été frappé par le fait que dans des situations
extrêmes certaines victimes se déshumanisaient dans un effort
désespéré de se protéger. Partant de ces constatations, il fit
un parallèle avec les enfants autistes, expliquant leur apparent
manque d'humanisation comme une réponse normale à une
situation extrême. Cette conception allait avoir un grand succès
mais aussi soulever de nombreuses critiques puisqu'elle tend
à blâmer les parents d'enfants psychotiques.
Fort de cette vision des choses, Bettelheim fonda
l'École Orthogénique de Chicago qui se proposait, en se reposant sur des idées
psychanalytiques, d'offrir à ces enfants un environnement réparateur qui serait
susceptible de les amener à investir le monde. Cette approche eut beaucoup d'impact sur
le traitement institutionnel des enfants à travers le monde.
Bruno Bettelheim est devenu une
véritable vedette aux États-Unis. Sa facilité à communiquer au public une vision
originale du développement de l'enfant y a été pour beaucoup. Ses livres ont été des
succès de librairie. Il y raconte souvent, comme dans un roman, le traitement et la
guérison d'enfants considérés irrécupérables. Décédé il y a maintenant quelques
années, Bettelheim a vu les dernières années de sa vie ternies par diverses
révélations teintées de scandale. Son uvre, même si elle a perdu un peu de
l'éclat qu'elle avait, garde un certain intérêt.
Harry Starck Sullivan
Harry Starck Sullivan (1892-1949)
est un personnage méconnu de la psychanalyse américaine. Pourtant,
Sullivan est l'initiateur d'une théorisation inspirée de la
psychanalyse qui met de l'avant les aspects interpersonnels
dans le développement de l'individu. Dans la tradition de Locke
et un peu à l'exemple du béhaviorisme, Sullivan s'est appliqué
à démontrer combien les expériences relationnelles et culturelles
déterminaient la personnalité des individus.
Sullivan a eu une influence
considérable sur les culturalistes
Erich Fromm, Karen
Horney et Ruth Benedikt qui ont tous collaborés avec lui.
Ses travaux ont eu de nombreuses répercussions en psychiatrie
alors qu'en psychanalyse la tendance est de considérer que Sullivan
s'est suffisamment éloigné de la pensée freudienne pour être
perçu comme un théoricien à part. Comme la majorité des culturalistes,
Sullivan a eu tendance à minimiser les facteurs individuels
internes au profit des interactions réelles, un peu à l'exemple
des doctrines du conditionnement.
Depuis une vingtaine
d'année, les travaux de Sullivan ont connu un second souffle
avec la montée du courant inter
subjectiviste dont les fondements théoriques sont proches.
Franz Alexender
Hongrois d'origine, Franz
Alexender (1891-1964) fait partie de l'important groupe d'analystes
qui sera formé à la polyclinique de Berlin au cours des années
vingt auprès de Karl Abraham
et de Max Eitingon et que
l'approche de la deuxième guerre mondiale dispersera. Analysé
par Hans Sachs, Alexender
allait devenir le fondateur du puissant Institut
de Psychanalyse de Chicago en 1931. Il fut l'analyste de
plusieurs auteurs importants dont Marianna Kris, Bertram
Lewin et Charles Odier.
S'il s'intéresse à la psychosomatique, Alexender
va surtout laisser sa marque par ses élaborations théoriques
concernant la technique et par le développement d'une pratique
de psychothérapie analytique brève. Il réussira à faire accepter
ses idées visant à raccourcir les cures sans se voir menacé
d'exclusion puisqu'il présentera la thérapie brève comme une
pratique dérivée de la psychanalyse sans prétendre la remplacer.
Alexender
a aussi marqué la psychanalyse américaine en élaborant une conception
de la cure et du transfert en tant qu'expérience émotionnelle
correctrice dans laquelle l'analyste est en position d'être
un parent sain, ce qui permettra au patient de constater l'inadéquation
de ses attitudes transférentielles. Cette conception de la cure
ouvrira la porte à plusieurs pratiques psychothérapiques, en
particulier la Self Psychology
de Heinz Kohut qui en est
un prolongement naturel.
Heinz Kohut
Heinz Kohut (1913-1981)
est né à Vienne où il fit ses études en médecine. C'est en 1940
qu'il quitte sa ville et s'établit aux États-Unis à Chicago
qui deviendra sa terre d'accueil. Professeur à l'Université
de Chicago, il entre à l'institut de psychanalyse en 1953. Sa
carrière l'amènera à occuper des postes prestigieux et plusieurs
honneurs lui seront décernés. Sa pensée théorique originale
qui prendra le nom de Self
Psychology lui fera connaître la gloire au cours des
années soixante et soixante-dix mais il sera graduellement l'objet
de critiques, étant souvent confronté à Otto
Kernberg, qui amèneront l'ensemble de la communauté analytique
à prendre un certain recul. Un groupe de disciples continuera
à l'appuyer et à répandre ses enseignements. La théorisation
de Kohut a été récupérée depuis quelques années par les penseurs
du courant humaniste.
Heinz Kohut se situe dans la lignée de Franz
Alexender, lui-même de Chicago, en mettant l'accent sur
l'empathie et sur une variante de l'expérience émotionnelle
correctrice. Ses avancés théoriques tournent autour du concept
de narcissisme qu'il définit comme indépendant de la relation
objectale. Kohut soutenait que les personnalités narcissiques
pouvaient entretenir des relations objectales riches et adéquates.
Plusieurs lui ont reproché, non sans raison, de confondre relation
sociale, où l'autre peut fort bien n'être aucunement considéré,
et relation objectale, qui implique une reconnaissance de l'altérité
de l'autre.
Kohut nous a laissé une description
enrichissante du développement du narcissisme et certains de ses concepts sont passés
dans le vocabulaire commun (self-object, par exemple).On lui reprochait dans l'ensemble sa
conception théorique du narcissisme, sa tendance à minimiser l'importance de la rage, et
une pratique clinique propre à favoriser l'idéalisation de l'analyste et l'aliénation
du patient.
Heinz Hartmann
Heinz Hartmann (1894-1970) est l'un de ceux qui ont le plus
marqué la psychanalyse moderne, tant par ses élaborations théoriques
que par le pouvoir qu'il a pu acquérir au sein de l'International
Psycho-Analytic Association. Chassé d'Europe par la montée du
nazisme, Hartmann a eu une influence décisive sur la place qu'a
occupé la psychanalyse aux États-Unis.
Avec Ernst
Kris et Rudolf Loewenstein,
Hartmann a travaillé à l'élaboration d'une véritable psychologie
psychanalytique qui a tenté de prendre en compte l'ensemble
de l'être humain. Pour cette raison, sa théorisation se centre
sur le Moi et ses fonctions, en apportant une attention
particulière au développement de la personne et à son
adaptation. Un des concepts les plus critiqués est assurément
celui d'un Moi autonome qui se situerait hors du conflit
psychique, ce qui, pour plusieurs constitue une sorte de reniement
de la psychanalyse.
Cette théorie,
baptisée la Psychologie du Moi,
a totalement dominée la psychanalyse
américaine au point qu'il soit tentant parfois de les confondre.
En fait, Hartmann a proposé une vision fortement modifiée de
la théorie freudienne, limitant l'importance de la psycho-sexualité
et portant beaucoup d'attention à la réalité et aux facteurs
observables. Il est à remarquer que dans l'histoire de la psychanalyse,
les déviationnistes ont tous élaboré des théories tendant à
mettre la sexualité en marge.
Ernst Kris
Ernst Kris (1900-1957) est surtout connu pour ses travaux sur
la créativité et les arts, et pour sa participation, avec Hartmann
et Loewenstein, à la fondation
de l'école de la Psychologie
du Moi. Originaire de Vienne, Kris a fait des études universitaires
d'histoire de l'art . Nommé conservateur de la collection de
sculpture et d'arts appliqués au Kunsthistorisches Museum
de Vienne, Kris s'intéresse peu à peu à la psychanalyse, devient
membre associé de la Société Psychanalytique de Vienne et étudie
les liens possibles entre ses deux champs d'intérêt.
Forcé de quitter l'Autriche en
1938, Kris fera un bref séjour en Angleterre avant de s'établir aux États-Unis en 1940
où il fera une carrière universitaire à Yale. En plus de ses travaux sur l'art, Kris
s'est aussi penché sur les aspects psychologiques de la propagande. Ses travaux ont été
publiés sous le titre de Psychoanalytic Explorations in Art et Selected Papers.
Otto Kernberg
Lorsque nous considérons l'uve de Otto
Kernberg, nous ne pouvons qu'être frappés par l'impression d'unité
qui se dégage de a pensée. Pourtant, Kernberg fait le paris
très ambitieux d'effectuer une sorte de synthèse d'éléments
empruntés à des courants assez peu conciliables. Ainsi donc,
tout en conservant les grandes lignes de la pensée freudienne
classique, en particulier en ce qui a trait à la théorie des
pulsions, Kernberg introduit des concepts issus des travaux
de Klein et Fairbairn
à un fond théorique fortement inspiré de la
Psychologie du Moi, particulièrement aux uvres de
Mahler et surtout de Jacobson.
L'oeuvre de Kernberg est variée et reflète
l'implication de l'homme tant dans la diffusion de la psychanalyse, son enseignement, son
application au traitement des patients difficiles et la réflexion sur les questions
théoriques fondamentales. Plusieurs des textes de Kernberg empruntent un style didactique
très structuré facilitant la compréhension des concepts abordés.
La pensée
théorique et clinique de Kernberg constitue un mariage entre
une théorie des relations d'objets et la Psychologie du moi
de Hartmann où les relations
objectales, si elles se voient conférées le rôle principal dans
le développement et dans la clinique, sont considérées comme
une fonction du Moi et intégrées à une psychologie du moi globale.
Kernberg a fait un large usage des concepts kleiniens de clivage
et d'identification projective, particulièrement dans ses célèbres
travaux concernant les états-limites et les personnalités narcissiques.
D'ailleurs, ces travaux, qui sont parmi ceux qui ont le plus
marqué la psychanalyse des années soixante-dix et le début des
années quatre-vingt, l'ont amené à s'opposer dans une longue
controverse à Heinz Kohut
qui proposait une vision particulière du développement du narcissisme
et du traitement des pathologies qui en découlent. Cette confrontation
a eu dans l'ensemble un effet stimulant sur la communauté analytique
jusqu'à ce que la psychologie
du Soi de Kohut perde de son importance et se replie en
une sorte d'école à part.
Edith Jacobson
Les travaux d'Edith Jacobson (1897-1978)
sur la dépression, les psychoses et le surmoi constituent une
part importante de l'apport de la Psychologie
du moi à la psychanalyse. Largement reconnus pour leur rigueur
et leur profonde pertinence clinique, ses écrits sont devenus
des grands classiques.
Née en Allemagne, Edith
Jacobson fait ses études en médecine à Munich avant de poursuivre
en psychiatrie à Berlin où elle entre en contact avec l'oeuvre
de Freud et se joint à l'un des groupes de candidats les plus
relevés (avec Annie et Wilhelm
Reich, Otto Fenichel,
Erich Fromm...). Dès 1930
elle est nommée membre de la Société Psychanalytique de Berlin
et commence ses travaux sur le surmoi. Réfugiée à Copenhague
au début de la guerre, Edith Jacobson pose le geste courageux
et téméraire de retourner en Allemagne porter secours
à un de ses anciens patients aux prises avec la Gestapo. Son
héroïsme lui vaudra une sentence de trois ans de prison. Relâchée
après deux ans en raison de sa santé fragile, elle trouvera
le tour de publier un article sur la psychologie des femmes
emprisonnées pour des raisons politiques.
En 1938, Edith Jacobson s'installe
à New-York où elle accomplira l'essentiel de son uvre. Elle fera carrière
d'enseignement et mènera de front aussi une importante pratique clinique. Sa santé
précaire ne l'empêchera pas d'être un véritable bourreau de travail.
Helene Deutsch
Helene Deutsch (1884-1982) appartient à la génération des pionniers
de la psychanalyse. Originaire de Pologne, elle fit sa formation
médicale à Vienne en 1913 après avoir épousé Felix Deutsch dont
elle eut un fils qu'elle prénomma Martin, comme le fils de Freud
auprès de qui elle fit une analyse en 1918-1919. Elle devint
une intime de la famille et son mari devint le médecin personnel
de Freud durant un temps. Helene Deutsch fit par la suite
une seconde analyse avec Karl Abraham en raison de périodes
de dépression reliées à de sérieux problèmes conjugaux.
Femme de carrière et femme de
tête, Helene Deutsch choisit d'émigrer aux États-Unis en 1934 où elle poursuivit une
brillante carrière. Elle occupa plusieurs postes de direction et fut présidente de la Boston
Psychoanalytic Society. Les travaux de Helene Deutsch couvrent un vaste domaine mais
ses idées sur la féminité et la sexualité féminine ont surtout attirés
l'attention.
Herman Nunberg
Né en Pologne, Herman Nunberg (1883-1976)
a été fortement marqué par les citées historiques qu'il a visitées
mais, délaissant l'histoire, il choisit d'étudier la médecine.
Il a eu l'opportunité d'effectuer un stage en Suisse au célèbre
Burghölzli où il a rencontré C.G.
Jung et Eugen Bleuler
qui l'initièrent à la psychanalyse. Entre les deux guerres il
séjourna à Vienne où il épousa Margarete Rie, une jeune femme
qui avait été analysée par Freud, qui était aussi la fille de
Oskar Rie, l'un des meilleurs amis de Freud. Elle était de plus
une grande amie de Anna Freud
et la soeur de Marianne Kris.
Analysé par Paul
Federn, Herman Nunberg sera nommé membre de la Société Psychanalytique
de Vienne. On lui doit la règle voulant que tout analyste ait
d'abord été lui-même analysé. Il fut l'analyste de Ruth
Mack Brunswick et de Marc
Schlumberger.
Nunberg dut s'exiler aux États-Unis en
1931 en raison de la situation politique. C'est finalement à New-York qu'il s'établit.
Il devint éventuellement président de la Société New-Yorkaise de Psychanalyse.
Edward Bibring
Né en Autriche, Edward Bibring (1895-1959)
a eu la distinction de faire partie du petit groupe de collaborateurs
qui se sont réunis autour de Freud
après la première guerre mondiale. Durant plus de dix ans il
a dirigé la clinique externe de psychanalyse de l'institut de
Vienne et s'est impliqué dans l'édition de périodiques. En 1938
il quitte Vienne avec Freud pour se rendre d'abord à Londres
avant de poursuivre son itinéraire vers Boston trois ans plus
tard.
Bibring, qui a été président
de la Société Psychanalytique de Boston, a produit une oeuvre
variée. Il lui revient d'avoir publié l'une des premières études
critiques de l'oeuvre de Melanie
Klein à ne pas sombrer dans la partisanerie aveugle.
Otto Fenichel
Le nom d'Otto Fenichel (1897-1946) est
étroitement associé à son grand classique de la psychanalyse, La Théorie
Psychanalytique des Névroses, qui constitue probablement le meilleur compendium à
avoir été publié sur ce thème. Son engagement dans les mouvements socialistes et ses
penchants pour le freudo-marxisme sont toutefois des faces méconnues de sa
carrière.
C'est au cours des années vingt que s'est
formé à Berlin, alors le principal centre de formation psychanalytique,
un groupe de jeunes praticiens brillants et cultivés qui s'intéressaient
aux idées socialistes et étaient souvent étroitement impliqués
dans l'action politique. Otto Fenichel était un des meneurs
de ce groupuscule comprenant aussi Annie
et Wilhelm Reich, Edith
Jacobson, Kate Friedländer et quelques autres. En plus de
mener une réflexion dans la lignée du freudo-marxisme, plusieurs
membres de ce groupe participaient à des rassemblements politiques.
La montée du nazisme a provoqué l'éclatement
de ce groupe d'analystes doublement mis en danger par leurs
activités. Fenichel s'exilera d'abord à Prague avant de s'établir
aux États-Unis. C'est de Prague qu'il cherchera à venir en aide
à sa collègue Edith Jacobson emprisonnée en Allemagne en 1935.
Avec l'aide de Ernest Jones,
Fenichel travailla à trouver des fonds pour assurer la défense
de leur malheureuse collègue et jouera un rôle dans sa fuite
en 1937, lors d'une libération temporaire pour raisons de santé.
C'est en Californie, sur la côte
ouest américaine, que Fenichel choisit de s'établir, venant
rejoindre Ernst Simmel à
l'invitation d'un groupe local que la mort prématurée de Fenichel
en 1946 et de Simmel en 1947 laissera sans meneur.
L'oeuvre écrite de Fenichel met à
profit l'aisance qu'il avait à assimiler la pensée des autres au fil de ses nombreuses
lectures et à en proposer une vision d'ensemble. N'étant pas véritablement un penseur
novateur, Fenichel était à son mieux lorsqu'il utilisait sa grande capacité de
synthèse pour donner un sens aux nombreuses notes qu'en bon obsessionnel il
compilait.

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