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Galerie de portraits de
la psychanalyse française (2)
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La
psychanalyse -- Les grands personnages
-- de la psychanalyse française
Pierre Marty
Jean Bergeret
Né à Lyon en 1923, Jean Bergeret est devenu au fil des ans l'une
des principales figures de la psychanalyse française. Membre
de la Société Psychanalytique de
Paris, Bergeret s'est tenu plus ou moins en retrait dans
les nombreuses polémiques qui ont marqué son histoire. Reconnu
pour la publication de l'un des rares handbook de psychanalyse
à exister en français, Bergeret a écrit un certain nombre de
textes à visée didactique qui ont contribué à faire connaître
cette discipline.
Jean Bergeret a suivi un parcours
sinueux avant de se consacrer définitivement à la psychanalyse. Après
un premier contact avec la psychiatrie dans le cadre des essais sur le
"cardiozol" (ancêtre chimique des électrochocs) qui le rebute
franchement, il s'oriente vers la pédiatrie. Ses études sont toutefois
interrompues par le seconde guerre mondiale alors qu'il s'engage
activement dans la résistance puis dans l'armée française sur le front
d'Italie.
À la fin de la guerre, Jean Bergeret
s'installe à Rabat au Maroc où il fait la rencontre du psychanalyste
Henri Foissin, spécialiste du Rorschach, qui l'initie à la
psychanalyse à l'Institut de psychanalyse de Casablanca. C'est sur le
divan de René Laforgue qui avait trouvé refuge au Maroc après la guerre
que Jean Bergeret fit son analyse. En 1957 il retourne à Lyon où il
fonde, avec Charles Nodet, J. Cosnier et quelques autres le Groupe
lyonnais de Psychanalyse. Il fera par la suite une seconde analyse à
Paris chez Jean Favreau.
Le nom de Bergeret est étroitement
associé aux travaux sur les états limites. Son livre La dépression
et les états limites publié en 1975 a considérablement marqué
la pensée française dans sa conception de cette pathologie comme
absence de structuration psychique, s'opposant aux travaux de
Kernberg qui parle d'une structure
borderline. Les travaux de Bergeret ont fortement contribué
à dégager la psychanalyse française d'une vision exclusivement
névrotisante de la symptomatologie non-psychotique.
Plus récemment, Jean Bergeret a poursuivi l'élaboration de son
uvre personnelle dans la continuité de sa remise en questionnement de
la métapsychologie freudienne en construisant autour du concept de violence fondamentale
(instinct de survie) dont il
fait l'un des pivots du développement psychique. Cette partie de son oeuvre
est très originale et l'amène à élaborer une conception renouvelée du
narcissisme, de l'homosexualité et de la sexualité infantile. Ses prochains travaux permettront de mieux juger de
l'importance de ces vues.
Serge Viderman
Serge Viderman (1916-1991)
a joué au sein de la communauté analytique française le rôle
d'un empêcheur de penser en rond. D'un brillant esprit critique,
dans le sens le plus riche du terme, Viderman s'est appliqué
à ébranler les belles certitudes tant dans la clinique et la
théorie que dans les institutions. Membre de la Société
Psychanalytique de Paris, Viderman a souvent été impliqué
avec René Major et Conrad
Stein dans les diverses organisations visant à abattre les
murs construits entre les différentes institutions. Plus encore,
ses travaux sur la construction de l'espace analytique
sont venus s'attaquer au cur même du dogmatisme en démontrant
la futilité de notions comme la vérité historique.
Viderman a quitté sa Roumanie natale à l'âge
de dix-huit ans pour échapper au contingentement des juifs à l'université. Il
s'installe à Rouen où il entreprend ses études de médecine et de psychiatrie.
Bousculé par le début de la deuxième, il se joint à la Résistance, est capturé par
la Gestapo mais réussit à s'en tirer grâce à une brillante ruse. Après la guerre il
occupe diverses fonctions en province, se marie puis s'établit comme médecin
généraliste dans de petites villes, cherchant à se rapprocher de Paris.
C'est sous
les conseils de Bela Grunberger
que Viderman commence une analyse chez Nacht.
Il deviendra membre de la S.P.P. peu après la scission de 1953.
Michel de M'Uzan
L'oeuvre de Michel de M'Uzan a un caractère
rafraîchissant qui n'est pas étranger à sa vision de la psychanalyse comme facteur de
changement et de mouvement. Loin de prôner un idéal médical de guérison, ce membre
illustre de l'école de psychosomatique de Paris a élaboré une pensée faisant beaucoup
de place au paradoxe et à la liberté. Fortement imprégné d'une vision artistique, il a
aussi publié trois uvres littéraires, Michel de M'Uzan semble parfaitement à
l'aise dans les domaines intermédiaires et les contrées qui échappent à une logique
rigide.
Déjà impliqué dans le
domaine de la psychosomatique depuis les années cinquante, cet
ancien analysant de Maurice Bouvet,
membre titulaire de la Société
Psychanalytique de Paris, a participé en 1972, avec Pierre
Marty, Michel Fain, Denise Braunschweig, Christian David
et C. Parat, à la fondation de l'institut de psychosomatique
de Paris qui a mis en évidence le travail colossal effectué
en France par les psychanalystes psychosomaticiens.
Michel de M.Uzan a publié en 1963 L'investigation
psychosomatique, avec Pierre Marty et Christian David. En 1977 il publiait De l'art
à la mort puis récemment, en 1994, La bouche de l'inconscient. Il a aussi
publié un nombre impressionnant d'articles psychanalytiques et de médecine, en plus d'un
certain nombre de textes littéraires.
René Held
Homme de grande culture,
René Held (1897-1992) a mené de front une brillante carrière
psychiatrique et une pratique analytique variée. Touche à tout,
on le retrouve mêlé à la révolution russe de 1917 puis au mouvement
surréaliste. Il aurait décliné l'invitation de participer à
la fondation de la Société Psychanalytique
de Paris mais s'est impliqué dans le groupe de L'Évolution
Psychiatrique avec Henri Ey.
Né à Paris
de parents venus de Russie, René Held a acquis ses galons à
la sueur de son front. Devenu médecin psychiatre, il traversa
avec détermination les années d'occupation, ne craignant pas
de se désigner comme juif mais refusant de porter l'étoile jaune.
Échappant à une rafle, il entre dans la clandestinité. Ce n'est
qu'après la guerre qu'il entreprend une analyse avec John
Leuba et un contrôle avec Nacht.
Élu membre de la S.P.P. en 1947, il s'impliquera surtout dans
le domaine de la psychosomatique.
Evelyn Kestemberg
Evelyn Kestemberg (1918-1989)
a connu une brillante carrière psychanalytique. Après s'être
exilée au Mexique pour fuir l'occupation nazie, elle est revenue
en France, avec son mari Jean Kestemberg rencontré là-bas, pour
y entreprendre sa formation d'analyste. Analysée par Marc
Schlumberger, elle eut un contrôle avec Nacht
qui, tout en l'estimant beaucoup, s'opposera longtemps à
son titulariat parce qu'elle n'était pas médecin.
Ses nombreux travaux
ont porté tour à tour sur les traitements de groupe, le psychodrame,
l'adolescence, les troubles alimentaires et ce qu'il est convenu
d'appeler les psychoses froides. Elle a été présidente de la
Société Psychanalytique de Paris
de 1972 à 1974 et a participé à la mise sur pieds de la Fédération
Européenne de Psychanalyse.
Octave Mannoni
Né en France de parents originaires
de Corse, Octave Mannoni (1899-1989) fait partie du petit groupe
de ceux qui ont su garder une indépendance de pensée tout en
suivant fidèlement Lacan.
Après une jeunesse tumultueuse, Mannoni prend la route de L'Afrique
et séjournera plus de vingt ans à Madagascar où il occupe diverses
fonctions tout en se livrant à des travaux ethnologiques. De
retour en France après la deuxième guerre mondiale, il entreprend
une analyse chez Lacan et s'initie à la pratique clinique.
Au travers des différentes
scissions, Mannoni adopte toujours le camp de Lacan. En 1982,
après la dissolution de l'École
Freudienne, il fonde avec sa femme Maud Mannoni et Patrick
Guyomard le Centre de Formation et de Recherches Psychanalytiques
(C.F.R.P.). Ses travaux sont variés et embrassent l'ethnologie,
la clinique, l'étude biographique et les réflexions philosophiques.
Joyce McDougall
Joyce McDougall a élaboré
une uvre qui se situe au confluent des pensées britannique
et française. Cette néo-zélandaise d'origine a d'abord fait
une partie de sa formation en Angleterre à la Hampstead
Clinic auprès d'Anna Freud
avant de s'établir en France où elle est devenue une des grandes
figures de la psychanalyse française. Analysée sur le divan
de Schlumberger, contrôlée
par Bouvet et Bénassy puis
par René Diatkine (pour
les adolescents), Joyce McDougall est membre de la Société
Psychanalytique de Paris au sein de laquelle elle a occupé
diverses fonctions. Elle est généralement associée à l'aile
la plus libérale de la SPP.
Son uvre fait certains emprunts à la
pensée kleinienne et néo-kleinienne,
tout en conservant une vision très personnelle incluant des
influences venant de Winnicott,
Bion et Lacan
dont elle a un temps suivi les enseignements. Au fil de ses
travaux se dégage une conception du psychisme axée sur les relations
objectales où se retrouve une vision du monde interne représenté
comme une scène de théâtre. Elle y décrit le drame dipien
et aussi celui de Narcisse. Elle s'est également penchée sur
la problématique psychosomatique où elle distingue nettement
l'hystérie névrotique (construite par la parole) de ce qu'elle
nomme l'hystérie archaïque (avant la parole, encodée dans la
mémoire du corps et dont les signifiants sont préverbaux).
Peu portée vers la réflexion métapsychologique
poussée, elle se verra parfois suspectée de manquer de rigueur. Son souci de rendre ses
livres compréhensibles à tous lui a fait adopter une langue simple et claire et une
démarche où, plus que la théorie pure, les vignettes cliniques, plus vivantes, lui
semblent davantage aptes à transmettre les concepts.
Elle a d'abord publié
Dialogues avec Sammy (1960), un cas présenté dans un
séminaire de Serge Lebovici,
Plaidoyer pour une certaine anormalité (1978), Théâtres
du Je (1982), Théâtres du corps (1989) et Éros
aux mille visages: la sexualité en quête de solutions (1996).
François Roustang
François Roustang a marqué
toute une génération de psychanalystes français lorsqu'il a
publié ce qui reste son uvre la plus marquante, Un
destin si funeste, en 1976. Membre de l'École
freudienne de Paris à l'époque, François Roustang met en
évidence dans cette uvre magistrale les dangers propres
aux institutions psychanalytiques et aux questions reliées à
la transmission du savoir en psychanalyse. Dans un style vivant
et limpide, il examine les relations entretenues entre Freud
et ses premiers disciples et met en lumière les manifestations
transférentielles qui interfèrent avec le développement d'une
pensée originale et personnelle.
Si déjà un tel programme est riche
en enseignements, l'examen qu'il fait du fonctionnement du groupe
lacanien en particulier était de nature à faire des vagues,
ce que la publication de son livre n'a pas manqué de provoquer.
La réflexion qu'il apporte, même si elle est valable pour tous
les analystes et toutes les organisations, était perçue à l'époque
comme une attaque directe à Lacan
et ses disciples dont plusieurs se bornaient à répéter la parole
du Maître.
François Roustang a
poursuivi sa réflexion dans le livre ...Elle ne le lâche
plus. Il a eu un parcours assez particulier puisque c'est
en tant que père Jésuite qu'il s'était joint au groupe lacanien.
Son analyse avec Serge Leclaire
l'a amené à quitter la Compagnie de Jésus et à se marier. Suite
à la dissolution de l'École freudienne en 1980, François Roustang
s'est peu à peu intéressé à l'hypnose, si bien que sa pratique
actuelle se limite à l'hypnothérapie.
Nicolas Abraham
Nicolas Abraham (1919-1977), même s'il a poursuivi sa
carrière en France, appartient à la tradition hongroise des penseurs originaux qui ont
bouleversé la communauté analytique. Provenant d'une famille juive orthodoxe, Nicolas
Abraham fut poussé à l'émigration par les clauses limitant le nombre de juifs dans les
universités. Il s'est installé à Paris en 1938 avant de devoir fuir en zone libre
pendant une partie de la deuxième guerre mondiale. À son retour, il fait un premier
mariage qui se termine par une séparation puis rencontre Maria Torok qui sera sa compagne
et sa collaboratrice tout au long de sa vie.
De formation philosophique, polyglotte doté
d'une vaste culture, Nicolas Abraham s'est passionné pour uvre de Freud et a
entrepris une psychanalyse sur le divan de Bela Grunberger. S'il fut reçu en tant que
membre affilié à la Société Psychanalytique de Paris, il ne sera pas accepté entant
qu'adhérent en raison de l'intervention, à l'encontre des règlements, de son analyste
dans le processus de nomination. Ces événements hanteront longtemps le fonctionnement de
la S.P.P. et seront alimentés par les prises de position de René Major et de quelques
autres.
L'uvre de Nicolas Abraham est d'une grande
originalité et s'est développée en marge des grands courants de la psychanalyse
française. Profondément ancrée dans les uvres de Freud et Ferenczi, la pensée de
Nicolas Abraham tire ses sources de sa formation philosophique et particulièrement des
travaux de Husserl qui l'ont profondément marqué. La rencontre de Jacques Derrida
en 1959 et l'amitié profonde qui unira ces deux penseurs sera un facteur primordial dans
le développement de sa pensée en lui offrant un interlocuteur qui partageait ses
passions.
La pensée de Nicolas Abraham
restera toujours en marge du mouvement lacanien en proposant une relecture rigoureuse et
créative de uvre freudienne. Il proposera quelques concepts originaux autour des
quels il construira l'essentiel de son uvre. Il reprendra de Ferenczi l'élaboration
du concept d'incorporation qu'il articulera avec ceux de traumatisme, de symbole mais
aussi d'écorce et de noyau, d'anasémie, de crypte et de transphénoménologie.
Adrien Borel
Originaire de Privas où son père exerçait la médecine, Adrien
Borel (1886-1966) fit ses études en psychiatrie à Paris où il
compléta sa thèse en 1913. Borel fut parmi les fondateurs de
la Société Psychanalytique de Paris
et du groupe de l'Évolution Psychiatrique. Il fit une analyse
brève avec René Laforgue
et uvra en milieu hospitalier à Ste-Anne puis à Bichat.
S'il fut président de la Société
Psychanalytique de Paris de 1932 à 1934, analyste de Georges Bataille puis de Michel
Leiris, Adrien Borel est toujours demeuré un psychanalyste peu convaincu, ecclectique
faisant surtout confiance à son humanisme.
Après la seconde guerre mondiale, Borel s'est
retiré de la S.P.P. et a abandonné la psychanalyse. Il s'est marié à 54 ans et a
consacré le reste de sa vie à diverses activités. Au cours des années cinquante, Borel
a joué au cinéma dans l'adaptation cinématographique par Robert Bresson du roman de
Bernanos Journal d'un curée de campagne.

Anne Berman
Anne Berman (1889-1979) est un personnage
qui a surtout oeuvré dans l'ombre au sein de la Société
Psychanalytique de Paris dont elle a longtemps assumé les
fonctions de secrétariat de l'Institut. Docteure en pharmacie,
Anne Berman a fait son analyse sur le divan de Marie
Bonaparte dont elle devint aussi la secrétaire.
Devenue
membre adhérente de la Société Psychanalytique de Paris en 1927,
Anne Berman se consacra à la traduction de plusieurs oeuvres
de Freud et de Ernest
Jones. On lui connait peu de travaux personnels et son rôle
fut celui d'un acteur de soutien.

Autres portraits de
la psychanalyse française (1)
et (3) et (4)
et (5)
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