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Galerie de portraits de
la psychanalyse française (5)
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La
psychanalyse -- Les grands personnages
-- de la psychanalyse française
Edouard Pichon
Édouard Pichon (1890-1940) est un
bon exemple de ce que fut la psychanalyse française à ses débuts.
Adepte de Charles Maurras et militant de l'Action française,
Pichon appartenait aux plus hauts échelons de la hiérarchie
médicale. Si, en 1923, il entreprend une analyse avec Eugénie
Sokolnika, ce catholique fervent répètera à qui veut l'entendre
qu'il ne prendra de Monsieur Freud que ce qui s'accorde
au goût national.
Pichon a
été en 1925 parmi les fondateurs de l'Évolution Psychiatrique
avant de participer l'année suivante aux débuts de la Société
Psychanalytique de Paris. Pichon était le gendre de Pierre
Janet avec qui Freud avait
eu un différend. Il n'arriva pas à réconcilier les deux hommes.
Angelo Hesnard
Angelo Hesnard (1886-1969) a été un des
plus importants maillons de l'introduction de la psychanalyse en France et est demeuré
longtemps une sorte de figure de référence dans les querelles qui ont marqué son
développement.
Jeune médecin, Hesnard, qui ne fit
jamais d'analyse personnelle, publie La Psychanalyse
des névroses et des psychoses, ouvrage qui sera pendant
plus de dix ans la seule référence de ceux qui veulent s'initier
à la psychanalyse sans lire l'allemand. Ce livre fait à la fois
montre de l'engagement de Hesnard et de son ambivalence puisqu'il
prend souvent ses distances face à la théorie qu'il entend faire
connaître. En fait, Hesnard représente bien cette attitude bien
française de vouloir faire de la psychanalyse une chose française
dont on aura exclu le germanisme. Dans les dernières années
de sa vie, il se rapprocha de Lacan,
probablement dans la continuité de cette démarche, et toujours
avec la même ambivalence.
Eugénie Sokolnicka
Originaire
de Varsovie, élève de Ferenczi,
analysée par Jung puis Freud,
et plus tard Ferenczi,
Eugénie Sokolnicka, née Eugenie Kutner (1884-1934), s'est installée
à Paris avec une sorte de mandat de Freud de surveiller et guider
le développement de la psychanalyse française. Elle se fit remarquer
dès le début par ses contacts dans les milieux artistiques.
Son absence de formation médicale lui causera de nombreux problèmes
mais ne l'empêchera pas d'occuper une place importante dans
l'histoire de la psychanalyse française.
Eugénie Sokolnicka fut
l'analyste de plusieurs parmi les pionniers de la psychanalyse
française, dont René Laforgue
et son épouse, et Edouard Pichon. Elle
a connu dans la cinquantaine une fin tragique, se suicidant
selon toute vraisemblance alors qu'elle vivait dans une grande
misère.

René Allendy
René Allendy (1889-1942) fut l'un
des premiers analysés de Laforgue
et aura le destin de plusieurs de ses frères et surs de
divan en devenant un fidèle du groupe, participant aux festivités
nombreuses chez son analyste. Il a publié en 1924, avec son
mentor, La psychanalyse des névroses.
René Allendy s'est intéressé à bien des sujets
au cours de sa carrière. Diplômé de médecine mais aussi licencié
en langues scandinaves, Allendy a fait sa thèse sur Alchimie
et médecine. Il sera président de la Société française d'homéopathie.
C'est en fréquentant la Société de Théosophie qu'il rencontre
Laforgue. Il participe aussi à la fondation du groupe de l'Évolution
Psychiatrique, de la Société
Psychanalytique de Paris puis de l'Institut de Psychanalyse
de Paris où il dispensera ses enseignements.
Soupçonné d'être juif, Allendy
s'enfuit à Montpellier au début de la deuxième guerre mondiale où il mourut d'une
néphrite chronique hypertensive. Il fut ami de Artaud et est passé à la petite histoire
par le biais du récit fait par Anaïs Nin de son analyse avec lui et des aventures
sexuelles qui y ont eu lieu.
Georges Parcheminey
Georges Parcheminey (1888-1953) appartient à la première génération
de psychanalystes français. Co-fondateur de la S.P.P. et du
groupe de l'Évolution Psychiatrique, il a occupé à plusieurs
reprises des postes dans l'administration de la Société
Psychanalytique de Paris dont le poste de président qui
lui a permis d'être à l'avant poste lors des moments difficiles.
Il s'occupa aussi du département psychanalytique de l'Hôpital
Sainte-Anne qui accueillera au fil des ans plusieurs têtes d'affiche
de la psychanalyse française (Lacan,
Aulagnier...).
Analysé sur le divan de Rudolf
Loewenstein, Parcheminey fut l'analyste de plusieurs de ceux qui ont marqué la
psychanalyse française dont Maurice Bouvet, Francis Pasche et Jean-Paul Valabrega. Si son
uvre est aujourd'hui oubliée, l'histoire retient que sous l'occupation allemande il
a eu le courage de faire l'éloge de son maître, le juif Freud, devant les officiers venu
l'entendre.

Jean-Bertrand Pontalis
Jean-Bertrand Lefebvre-Pontalis représente l'une
des valeurs sûres de la psychanalyse française. Originaire de la haute bourgeoisie
parisienne, Pontalis conjuguera avec succès une carrière d'analyste à sa passion de
l'écriture qui l'amènera à s'occuper activement d'édition et à publier une uvre
psychanalytique et une uvre romanesque.
De formation philosophique, Pontalis
s'est rapidement engagé dans les mouvements de gauche auprès
de Merleau-Ponty puis de Sartre. Il publie d'abord dans la revue
Les Temps Modernes avant d'accéder au comité de rédaction.
Dès 1953 il commence une analyse personnelle et choisit, comme
plusieurs de sa génération, le divan de Lacan.
Il s'embarque à fond dans la nouvelle Société Française de
Psychanalyse et peut se considérer pendant quelques années
comme un disciple de Lacan dont il publie un compte-rendu des
séminaires.
En contrôle
chez Lagache puis chez Perrier,
Pontalis s'associera un temps à Laplanche
pour rédiger quelques textes qui marqueront l'époque, dont le
célèbre Vocabulaire de la Psychanalyse. En 1964 il choisira
la voie de l'Association Psychanalytique
de France et s'éloignera de la pensée lacanienne. Il accèdera
à la direction d'une prestigieuse collection chez Gallimard
et élaborera une uvre psychanalytique personnelle toute
en nuances. Il a aussi publié quelques romans.

Wladimir Granoff
Analysé par Schlumberger,
contrôlé par Pasche et Bouvet,
Wladimir Granoff occupe une place particulière, et souvent inconfortable
dans l'histoire de la psychanalyse française. Issu d'une famille
russe proche de la noblesse, Granoff se distingue par ses manières
raffinées et son goût de l'intrigue.
Après avoir participé à la rébellion des
candidats qui servit de détonateur à la rupture de 1953 à la
Société Psychanalytique de Paris,
Granoff, avec Perrier et Leclaire
( la troïka ) sera chargé de la délicate tâche de convaincre
les instances dirigeantes de l'International Psychoanalytic
Association d'accorder à la nouvelle Société Française
de Psychanalyse une reconnaissance officielle. Sa passion
pour l'histoire du mouvement analytique le prédisposait à ce
difficile travail.
Après plusieurs
années de démarches, Granoff sera l'un des artisans du dramatique
dénouement qui verra la naissance de l'Association
Psychanalytique de France, qui sera reconnue par l'I.P.A.
et l'exclusion de Lacan et
Dolto. Puisque, contrairement
à Leclaire et Perrier, Granoff optera pour l'A.P.F., il aura
à porter le poids de ce compromis que certains décriront plus
comme une compromission. Granoff tentera de s'expliquer dans
un séminaire publié sous le titre de Filiations.
François Perrier
François Perrier a suivi un itinéraire assez
complexe au sein de la communauté psychanalytique française. Originaire d'un milieu
plutôt de droite, Perrier est devenu orphelin à l'âge de treize ans. Ayant certains
talents artistiques, il roulera sa bosse un peu partout avant d'entreprendre des études
en médecine.
Après la guerre il commence
une analyse sur le divan de Maurice
Bouvet qui le laissera insatisfait. Il ridiculisera son
analyste lors d'une ultime séance et lui reprochera par la suite
d'avoir voulu appliquer dans sa cure la théorie de la relation
d'objet qu'il était alors à élaborer. Il reprend sa démarche
par la suite chez Lacan qui,
selon son patient, ne s'intéresse pas à le traiter mais cherche
plutôt à s'informer de la technique de Bouvet avec qui il était
en rivalité.
Perrier
sera de l'aventure de la Société Française de Psychanalyse
et jouera un rôle important avec Granoff
et Leclaire au sein de la
troïka chargée de négocier l'affiliation à l'International.
Lors de la rupture de 1964, il suivra Lacan qu'il quittera en
1969 lors de la création du IVe
Groupe: l'Organisation Psychanalytique de Langue Française.
Jean-Paul Valabrega
Impliqué fortement dans la résistance française,
Jean-Paul Valabrega a su faire preuve d'indépendance au travers
des querelles qui ont secoué la psychanalyse française. Analysé
par Lacan, il le suivra en
1953 dans la Société Française de Psychanalyse puis en
1964 dans l'École Freudienne
de Paris.
Valabrega conservera
son autonomie de pensée là où plusieurs sont tombés dans la
dévotion. À la suite de longues discussions autour de la formation,
Valabrega quittera Lacan avec Piera
Aulagnier, François Perrier et quelques
autres pour former le IVe
Groupe: l'Organisation Psychanalytique de Langue Française,
hors du champ lacanien ou de l'obédience internationaliste.
Valabrega s'est beaucoup impliqué dans le domaine de la publication
des périodiques, notamment de La Psychanalyse, de L'Inconscient
et, depuis sa création et actuellement, de Topique.
Jean-Paul Valabrega a accepté de
rédiger pour ce site un court texte concernant l'analyse
quatrième.
Nous devons à Jean-Paul Valabrega
de nombreux ouvrages dont Les Théories Psychosomatiques (1954), La Relation
thérapeutique (1962), Le Désir et la Perversion (1967), Phantasme, Mythe,
Corps et Sens (1980,92), et La Formation du Psychanalyste (1979,94).
John Leuba
D'origine Suisse, John
Leuba (1884-1952) est un personnage complexe passionné de psychanalyse
et de ...géologie. Analysé sur le divan de Rudolf
Loewenstein, Leuba sera l'analyste de plusieurs membres
de la seconde et de la troisième génération. À la fin de la
deuxième guerre mondiale, nommé président de la Société
Psychanalytique de Paris, il accusera Laforgue
de collaborationniste avec les allemands et en fera une
cause personnelle, sans preuves convaincantes.
Leuba demeurera fidèle à la S.P.P.
dans la tourmente des années cinquante. Son uvre écrite est aujourd'hui à peu
près oubliée.
Conrad Stein
Personnage brillant de
la psychanalyse française, Conrad Stein s'est plu à jouer les
troubles fête au cur même de la Société
Psychanalytique de Paris en participant ouvertement à de
nombreuses contestations de l'ordre établi. Analysé chez Schlumberger
puis chez Nacht, Stein s'est
démarqué en s'intéressant aux travaux de Lacan
à une époque où il était de rigueur de l'ignorer, puis en participant,
entre autre avec René Major, à diverses
organisations visant à ébranler les murs construits entre les
différents regroupements de la psychanalyse française.
D'une vaste culture, Conrad Stein
s'est impliqué dans l'édition en dirigeant une collection chez Denoël et en participant
à la rédaction de plusieurs périodiques. Son uvre écrite est variée. Il a
publié La mort d'Oedipe et L'enfant imaginaire.
Daniel Widlöcher
Daniel Widlöcher appartient à la génération d'analystes qui
ont été fortement influencés par les enseignements de Lacan
mais qui ont rompu avec le Maître. Analysé de 1953 à 1962 chez
Lacan, Widlöcher n'a jamais approuvé les écarts de technique
que se permettait allègrement son analyste. Participant à un
contrôle collectif de Lagache
avec Laplanche et Pontalis,
il prend peu à peu un recul face à Lacan et, lors de la rupture
de 1964, suivra ses collègues au sein de l'Association
Psychanalytique de France.
Widlöcher a fait une brillante
carrière hospitalière et universitaire, tout en occupant diverses fonctions dans
l'A.P.F.. Il constitue un bon exemple du profil retrouvé chez plusieurs membres de cette
association.

Bela Grunberger
Bela Grunberger s'installe en France
en 1939 après une longue migration amorcée en 1918 lors du rattachement
de la Transylvanie à la Roumanie. Arrivé en France, ce juif
hongrois d'origine fera son analyse sur le divan de Sacha
Nacht.
Reconnu pour ses qualités de clinicien, Bela
Grunberger a publié en 1971 un ouvrage sur le narcissisme qui demeure encore aujourd'hui
un classique sur le sujet. Grunberger y élabore une histoire du développement du
narcissisme en parallèle à l'établissement de la relation objectale et aux différents
stades du développement psycho-sexuel.
Grunberger a épousé Jeannine Chasseguet-Smirgel,
l'une des figures marquante de la psychanalyse française, et,
avec elle, a assumé plusieurs fonctions au sein de la Société
Psychanalytique de Paris et de l'Institut, mettant
toujours en évidence ses tendances conservatrices. Son nom reste
associé à deux crises importantes qui ont secoué les milieux
psychanalytiques. D'abord, au sortir des troubles de mai 68,
Grunberger et son épouse publient sous le pseudonyme d'André
Stéphane un livre intitulé L'univers contestationnaire
dans lequel ils se livrent à une analyse fort critiquée des
enjeux de la contestation. Le livre a été accueilli à l'époque
par une volée de bois vert.
La deuxième crise à laquelle a
été mêlé directement Grunberger prend place au début des années soixante-dix.
Grunberger, à l'encontre des règlements de la S.P.P., intervient par lettre dans la
demande faite par un de ses analysants, Nicolas Abraham, d'entrer en formation à
l'Institut, laissant entendre qu'il a de bonnes raisons de l'empêcher. Cette lettre sera
découverte et dévoilée par le québécois René Major lorsqu'il
accèdera à la direction de l'Institut. Cette lettre sera au cur de nombreuses
tensions et contestations qui dureront plus d'une dizaine d'années.

René Major
Relativement peu connu en raison
du fait qu'il ait assez peu publié, René Major a joué un rôle
important dans les crises institutionnelles qui ont secoué la
Société Psychanalytique de Paris.
Québécois
d'origine, René Major termine ses études de médecine à l'Université
de Montréal avant de décider d'aller poursuivre une formation
psychanalytique à Paris où il finira par s'installer. Analysé
sur le divan de Grunberger, alors perçu
comme libéral, il effectue un parcours assez classique qui le
mène au titulariat en 1971. Il occupe alors plusieurs fonctions
au sein de la direction de l'Institut et de la Société et s'engage
dans des tentatives de réformes visant une plus grande démocratisation.
Ses efforts seront continuellement bloqués par les ténors du
conservatisme.
René Major mènera une contestation
obstinée au cur de la S.P.P., servant de révélateur aux différentes crises de
cette société paralysée par un fonctionnement inadéquat. De plus, il participera à la
création du groupe Confrontation et à d'autres manifestations du même type
visant à ébranler les murs érigés entre les différents groupes et à favoriser le
dialogue.

Guy Rosolato
Guy Rosolato représente assurément l'un des
penseurs les plus originaux de la psychanalyse française. Parfois assez difficiles à
aborder, ses uvres intègrent des aspects importants de la pensée lacanienne à des
élaborations personnelles. Ses travaux font une certaine jonction entre différents
mouvements français.
Après une enfance passée
en Turquie, Rosolato devient médecin puis psychiatre. Analysé
sur le divan de Lacan à l'époque
de l'éphémère Société Française de Psychanalyse, Rosolato
sera de ceux qui suivront Lacan dans la scission qui amènera
la création de l'École Freudienne
de Paris.
Penseur original et
articulé, Rosolato supportera mal le fonctionnement de l'École,
critiquant surtout l'espèce de totalitarisme exercé par Lacan.
En 1967, à l'occasion des discussions sur la formation qui verront
les lacaniens adopter le principe de la passe, Rosolato
démissionne et se joint à l'Association
Psychanalytique de France dont il devient dès lors une des
têtes d'affiche. Son départ ne créera pas de mouvement de troupe.

Moustapha Safouan
Né à Alexandrie, Moustapha
Safouan est un intellectuel et un homme de grande culture. De
formation philosophique, Safouan se rend à Paris pour amorcer
une formation analytique après avoir été introduit à uvre
de Freud par un de ses professeurs. Il entreprend une analyse
avec Marc Schlumberger qui
lui apporte un grand soulagement. C'est toutefois chez Lacan
que cet admirateur de Frege et Koyré trouvera la rigueur théorique
qu'il recherche. Il sera en contrôle chez Lacan durant de nombreuses
années.
Après un
bref retour en Égypte, Safouan retourne en France et s'établit
à Strasbourg, où uvrent déjà Lagache
et Anzieu, et poursuit une
brillante carrière qui fera de lui un des ténors de la psychanalyse
lacanienne.
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