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Les personnages en
marge de la psychanalyse
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La
psychanalyse -- Les grands personnages
-- En marge
Hippolyte Bernheim
Au cours de l'été 1889,
Freud, cherchant à perfectionner
sa technique et ses connaissances dans le domaine de l'hypnose,
fait un séjour de quelques semaines dans le service de Bernheim
à Nancy. Ce voyage marquera un point important dans l'évolution
de la pensée freudienne en permettant à Freud de prendre un
recul par rapport à la conception de Charcot
qui faisait de l'hypnose une condition morbide induite artificiellement
qui tire profit des composantes organiques particulières des
sujets hystériques. À l'opposé, Bernheim voyait dans le phénomène
hypnotique une manifestation de la suggestibilité humaine susceptible
d'être mobilisée chez toute personne. Cette conception ouvre
la voie au concept de transfert qui apparaîtra plus tard.
Hippolythe Bernheim (1840-1919) est originaire de
la région de Mulhouse où il fit ses études médicales. Lors du déclenchement de la
guerre de 1870, Bernheim va s'installer à Nancy où il a une pratique d'interniste. Il
sera intrigué par la réputation du docteur Liébeault qui uvrait dans cette ville
et s'initiera auprès de lui à l'hypnose. Bernheim deviendra peu à peu le chef de file
de l'école dite de Nancy qui s'opposera longtemps au groupe du prestigieux Charcot.
Bernheim fera preuve d'une rigueur qui manquait parfois dans ce débat et eut une grande
influence dans le mouvement qui allait dégager l'hypnose de l'hystérie et en faire un
phénomène de suggestion.
Freud traduira deux ouvrages
importants de Bernheim en allemand au cours des années qui suivront sa visite à
Nancy.
Josef Breuer
Josef Breuer (1842-1925)
peut en quelque sorte être considéré comme le "grand-père"
de la psychanalyse. En effet, l'histoire veut que le récit par
Breuer à Freud d'un cas qu'il
avait soigné au début des années 1880, la célèbre Anna
O, soit à la source de l'élaboration théorique qui mena
Freud à la psychanalyse.
Né à Vienne d'une famille impliquée dans
l'instruction religieuse judaïque, Breuer s'est rapidement consacré
à ses études médicales. En 1867 il obtient le titre de Pvivat-Dozent
mais délaisse la carrière universitaire pour se consacrer à
sa clientèle privée. En parallèle à sa pratique clinique, Breuer
effectue des travaux de recherche à l'Institut de Physiologie
dirigée par Ernst von Brüke.
C'est dans ce contexte qu'en 1880 il rencontre Freud son cadet
de quatorze ans.
La relation entre Freud et Breuer est assez
caractéristique des liens que Freud établira au cours de ces années et même plus tard
au fil des ans, avec son mélange de dépendance, d'admiration et de rivalité. Breuer
jouera auprès de Freud un rôle paternel, aidant même financièrement son jeune
collègue dans les années où il établit sa vie familiale.
Le récit du cas de Anna
O traitée par Breuer sera à la source des travaux qui mèneront
à quelques publications dont les célèbres Études sur l'hystérie
en 1895. À la publication du livre qui marque les différends
théoriques entre les deux hommes, la relation entre Breuer et
Freud sera déjà rompue. Plusieurs années plus tard, après le
décès de Breuer, Freud sera profondément ému d'apprendre par
un proche que Breuer avait suivi avec beaucoup de sympathie
l'évolution de sa vie et de sa carrière.
Ernst von Brücke
Ernst von Brücke a été un des brillants hommes
qui ont servi de modèle à Freud au cours des années où il travaillait
à asseoir sa carrière. D'origine prussienne, von Brücke (1819-1892)
avait été un élève, comme les célèbres Helmholtz et Du Bois-Raymond,
de Johannes von Müller. Von Brücke s'est rendu célèbre par ses
travaux de physiologie où il cherchait à réduire les phénomènes
de la vie psychique à des lois physico-chimiques.
Ernst von Brücke dirigeait à l'Institut
de Physiologie le laboratoire où Freud effectuera de 1876 à
1882 ses recherches sur l'histologie du système nerveux des
poissons. Le séjour de Freud chez von Brücke lui permettra éventuellement
de devenir Privat-Dozent et surtout, lui fera rencontrer Josef
Breuer avec qui il fera par la suite ses travaux sur l'hystérie,
véritable point d'amorce de la psychanalyse.
Freud avait beaucoup d'estime pour
von Brücke et son séjour dans son laboratoire lui laissera surtout de bons
souvenirs.
Jean-Martin Charcot
Jean-Martin Charcot (1825-1893) a
eu sur le jeune Freud une influence marquante, au point que
le premier fils de Freud héritera de ce prénom français. Le
séjour de Freud chez Charcot,
d'une durée de quatre mois en 1885-86, lui laissera une impression
qui mettra quelques temps à se dissiper. Fortement intéressé
par l'hypnose à l'époque, Freud s'était adressé au grand maître
dans le but de parfaire sa technique.
Charcot, d'origine parisienne, était le
prototype du grand patron de la médecine de l'époque, tenant salon et menant une vie
mondaine. C'est à la Salpêtrière, où il s'installe en 1862, que commence
véritablement sa glorieuse carrière qui marquera la neurologie et la psychiatrie
moderne. Accumulant les titres prestigieux, Charcot devint une sommité mondialement
reconnue qui fut appelé partout dans le monde au chevet des nobles et des
fortunés.
Si Charcot a élaboré une uvre qui a fait
autorité dans plusieurs domaines de la médecine, c'est par ses travaux sur l'hystérie
qu'il est aujourd'hui surtout reconnu. Appliquant à l'hystérie la méthode d'observation
et de description méthodique empruntée à la neurologie, Charcot s'est consacré à
établir les règles universelles de la grande attaque hystérique. Utilisant l'hypnose,
Charcot induisait chez ses patientes une attaque hystérique qui répondait à ses normes.
L'ennui, c'est que les patientes, comme ses collaborateurs, étaient plus enclins à
confirmer les vues du maître qu'à mener une véritable recherche scientifique.
Vers la fin de sa vie,
Charcot remettra lui-même en question ses travaux sur l'hystérie,
ce qui n'empêchera pas une longue et vive polémique avec l'école
dite de Nancy dirigée par Liébeault et Bernheim.
La petite histoire retiendra que Freud fut impressionné par
une conversation privée de Charcot qui confiait qu'il y avait
toujours un secret d'alcove à la base de l'hystérie.
Wilhelm Fliess
Le rôle tenu par Wilhelm Fliess (1858-1928) dans
l'élaboration de la psychanalyse nous est mieux connu en raison de la publication de la
correspondance Freud-Fliess qui a été sauvée par Marie Bonaparte en 1938 lors du
départ précipité de Freud et sa famille pour l'Angleterre. Cette correspondance couvre
les années de 1887 à 1902 et constitue un document de toute première importance dans
l'étude de l'élaboration de la pensée freudienne.
Wilhelm Fliess était un oto-rhino-laryngologiste
berlinois reconnu, de la même génération que Freud. Il fit un
séjour à Vienne en 1887 et entra en contact avec Freud sur le
conseil de Breuer. Rapidement,
une relation surtout épistolaire s'élaborera entre les deux
hommes et sera marquée d'une teinte passionnelle toute particulière.
Bien au delà de la discussion scientifique, les deux hommes
échangeront sur leurs travaux respectifs de longs exposés.
Le rôle de Fliess dans l'auto-analyse de Freud
est aujourd'hui bien connu et a fait l'objet de plusieurs uvres importantes. Placé
dans une position d'objet de transfert, Fliess sera le destinataire des tensions
conflictuelles de Freud au cours de ces années tourmentées. Sur le plan scientifique,
Fliess a peu apporté à l'élaboration de la pensée freudienne et, d'ailleurs, la
correspondance ressemble parfois à un dialogue où chacun ne retient de l'autre que ce
qui lui convient.
La relation entre les
deux hommes se refroidira peu à peu avant d'être marquée par
divers incidents qui mèneront à la rupture finale (voir Otto
Weininger). Le personnage de Fliess nous apparaît aujourd'hui
plutôt excentrique avec ses conceptions assez particulières
de la bisexualité et de la périodicité psychique.
Pierre Janet
Les travaux de Pierre Janet (1859-1947) ont
souvent été opposés à ceux de Freud,
surtout en France, où ils ont parfois servi une double résistance
à la théorie sexuelle de Freud et à sa provenance étrangère.
De fait, Pierre Janet s'est attaqué sensiblement aux mêmes questions
que Freud au début de sa carrière. L'approche de l'hystérie
par le biais de l'hypnose puis l'élaboration d'une théorie de
la "psychasthénie" et des obsessions le placent sur
le même terrain que le Freud des années 1890.
Il serait tout à fait injuste de vouloir
résumer la pensée de Janet en quelques lignes. Les concepts d'automatisme psychologique,
d'idée fixe sub-consciente ou de faiblesse psychologique méritent d'être replacés dans
leur contexte, même s'ils ont généralement assez mal vieillis. Dans l'ensemble, Janet
ne fait pas autant que Freud place à la notion de conflit psychique et surtout, il
méconnaît la nature sexuelle de ce conflit.
Pierre Janet, qui fut
de la même promotion que Durckeim, S'est intéressé à la clinique
de l'hystérie lors de la rédaction de sa thèse au cours des
années 1880. Ses travaux attirèrent l'attention de Charcot
qui l'invite à se joindre à son équipe à la Salpêtrière. Quelques
années plus tard, Janet obtient, grâce à Bergson qui le préfère
à Alfred Binet, une chaire au Collège de France. Jusqu'en 1932,
Janet donnera des consultations à Sainte-Anne et sera amené
à faire des conférences à travers le monde.
Richard von Krafft-Ebing
Richard von Krafft-Ebing (1840-1902)
a élaboré une uvre qui est parfois associée à celle de
Freud qui la cite parfois.
Krafft-Ebing est surtout célèbre par la publication de son uvre
maîtresse, Psychopathia Sexualis (1886), sorte de répertoire
des anomalies sexuelles rigoureusement inventoriées et classifiées.
C'est Krafft-Ebing qui, le premier, a distingué les anomalies
selon l'objet des anomalies selon le but, idée que Freud reprendra
par la suite lorsqu'il élaborera sa théorie de la sexualité.
C'est aussi lui qui a introduit les termes passés depuis dans
le langage courant de sadisme et de masochisme.
Krafft-Ebing a connu
une carrière prestigieuse, occupant plusieurs chaires de psychiatrie
en Allemagne et en Autriche. Il a, entre autre, pris la succession
de Theodor Meynert à l'hôpital
général de Vienne.
Theodor Meynert
Theodor Meynert (1833-1892) appartient au
groupe des grands maîtres de Freud
qui ont servi un temps de protecteurs, de figures idéales, de
rivaux puis le plus souvent d'adversaires. Meynert était déjà
une sommité lorsque le jeune Freud fut son étudiant. Aussi,
lorsqu'en 1883 Freud a l'occasion d'entrer dans le service de
psychiatrie dirigé par son maître, c'est pour lui un véritable
événement.
Meynert était un digne
représentant de la psychiatrie organiciste et associationniste pour qui tout fait
anatomique n'était que l'expression d'un processus psychologique. Penseur original et
d'une vaste culture, Meynert s'avéra pour Freud un collègue difficile faisant peu de
place aux idées des autres. Freud quitte le service de Meynert en 1886 mais les deux
hommes vont s'affronter au cours des années quatre-vingt-dix autour des idées
freudiennes concernant l'hypnose puis l'hystérie, menant à une rupture totale.
Hermann Nothnagel
Originaire d'Allemagne du Nord, comme
son collègue von Brücke, Hermann
Nothnagel a fait sa formation médicale à Berlin et a acquis
une certaine notoriété avant de choisir de venir s'établir à
Vienne où il dirigea le service de médecine interne à l'Université.
Le milieu viennois regorgeait alors de sommités attirées par
le contexte culturel de la fin du siècle.
En 1882, le jeune Sigmund
Freud se joindra durant quelques mois au service dirigé par
Nothnagel qui dès lors se prit d'affection pour lui et cherchera
à faciliter sa carrière et sa réussite professionnelle. La relation
entre Freud et Nothnagel ne sera pas ternie par des désaccords
publics comme le fut la relation avec Meynert.
Freud voyait en Nothnagel un être d'une grande stature, presque
d'une autre nature, qu'il idéalisait tout en tentant de s'y
mesurer. Il joua, avec d'autres, un rôle de bienfaiteur dans
la réalité du jeune Freud, tout en constituant une source de
compétition et d'émulation.
Bertha Pappenheim (Anna O. )
Bertha Pappenheim (1859-1936) peut revendiquer
la célébrité à double titre. Sous son nom propre, elle s'est
valu une certaine renommée par ses actions militantes et son
implication communautaire. Par exemple, elle dirigera un orphelinat
à Francfort, militera dans des mouvements féministes, fondera
la Ligue des Femmes Juives, effectuera une vaste enquête
sur la prostitution dans les Balkans, la Russie et le Proche-Orient,
publiera des études sociologiques et des nouvelles et s'affirmera
comme une figure marquante des luttes sociales du début du siècle,
au point où la République Fédérale d'Allemagne émettra un timbre
à son effigie en 1954.
Bertha Pappenheim est toutefois bien
plus célèbre dans nos milieux lorsque nous l'évoquons sous son
pseudonyme de Anna O., la célèbre patiente souvent considérée
comme étant à la source de la pensée analytique puisqu'elle
est le premier cas exposé dans les études sur l'hystérie.
En fait, cette patiente, que connaissait la fiancée de Freud,
a été suivie par Josef Breuer
durant une période de deux ans au début des années 1880. Elle
présentait une condition hystérique grave marquée par une forte
symptomatologie qui s'est déclarée en relation à la maladie
puis au décès de son père.
Breuer avait été impressionné de
constater que les symptômes disparaissaient lorsque cette jeune
et brillante patiente arrivait à retrouver le souvenir des circonstances
de leur apparition. La patiente n'en allait toutefois pas nécessairement
mieux. Elle dut être internée par période, reçut des doses importantes
de morphine et consulta aussi Krafft-Ebing.
Le traitement fut dans le fond plutôt un échec et s'interrompit
lorsque Breuer se retrouva face à un violent transfert amoureux
dont il ne sut que faire.
L'importance du cas
vient du fait que Breuer racontait régulièrement les particularités
de cette thérapie à son jeune collègue et ami Sigmund Freud
qui y puisera plusieurs notions qu'il développera par la suite
et qui constitueront le cur de la pensée psychanalytique
freudienne. Nous savons que Freud a même tenté sans succès d'intéresser
Charcot à ce cas lors de son
séjour en France. Curieusement, c'est Freud, qui ne vit jamais
la patiente en consultation, qui osera en tirer les conclusions
les plus riches concernant les racines sexuelles des symptômes
et l'importance de la remémoration d'événements maintenus hors
du champs de la conscience.
Otto Weininger
Otto Weininger (1880-1903)
appartient à cette génération de génies à l'esprit tourmenté
qui a profondément marqué la fin
de siècle à Vienne. Considéré par plusieurs contemporains
comme plus important que Freud, Weininger a vu sa popularité
s'effriter au point de n'être plus connu
que dans les milieux spécialisés. Son uvre maîtresse Sexe
et caractère constitue un prolongement de sa thèse de doctorat
de philosophie et tente une intégration des courants de l'époque,
nietzschéisme, wagnérisme, antisémitisme, esthétisme... Son
suicide peu après la parution de son livre a ajouté une note
tragique à son génie.
Weininger a été mêlé
à la vie de Freud en raison
de la proximité de leurs champs d'investigation et par une controverse
impliquant des allégations de plagiat. En fait, Wilhelm
Fliess qui avait été un très proche ami de Freud, accusa
Weininger d'avoir plagié ses conceptions de la bisexualité et
la périodicité psychique. La situation était d'autant plus délicate
que Freud, dont la relation avec Fliess s'était considérablement
refroidie, était directement impliqué dans le conflit puisqu'il
lui était reproché d'avoir parlé à un de ses patients, un certain
Hermann Swoboda, ami de Weininger, des travaux encore secrets
de Fliess. Nul besoin de préciser que la rupture entre Freud
et Fliess fut précipitée par ces circonstances.
Henri Ey
Henri Ey (1900-1977), sans avoir jamais été analyste, a profondément
marqué la psychanalyse française au travers l'influence de son
groupe de l'Évolution Psychiatrique. Ce compagnon d'étude de
Lacan et de Pierre Mâle a
toujours défendu l'idée d'une psychanalyse étroitement liée
à la psychiatrie, l'une exerçant un rôle de remise en question
pour l'autre. Sa conception personnelle de la maladie mentale
peut se décrire comme organodynamique, établissant sans cesse
le rapport dialectique entre le corps et le "moral".
Ses réticences face à la théorie psychanalytique auront l'effet
d'un stimulant pour plusieurs théoriciens appelés à débattre
de leurs idées.
Originaire du sud de la France,
Henri Ey, après ses études en psychiatrie à Paris commence sa carrière à Sainte-Anne
avant d'accepter un poste de direction à Bonneval, d'où il organisera les célèbres
journées de Bonneval qui réuniront régulièrement les plus brillants penseurs de
l'époque.
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